« Les présidents changent, les premiers ministres passent mais, tunnel sous la Manche ou pas, la France et la Grande-Bretagne demeurent aussi distantes, aussi séparées par l'Union dont l'une et l'autre sont membres.
Jeudi, le secrétaire au Foreign Office, David Miliband - le ministre britannique des Affaires étrangères -, exposait la conception qu'on se fait, à Londres, de l'unité de l'Europe. Une phrase la résume: «L'Union européenne n'est pas, a-t-il dit, et ne sera pas une superpuissance.»
Deux jours plus tôt, mardi, Nicolas Sarkozy avait dit exactement le contraire. L'Union qu'il avait décrite était un ensemble politique, une «démocratie» (au singulier) dans laquelle «la politique a pris trop de retard sur l'économie», une Union «indépendante», à même de se défendre seule et «ayant une influence dans le monde» - bref, une puissance, une superpuissance en l'occurrence même si le président de la République n'a pas employé ce mot qui fait si peur - on le voit - à beaucoup d'Européens.
Rien ne change. Pour les Britanniques, l'Union doit rester un club d'Etats, réunis par le libre-échange et des valeurs communes, une Europe marché, rien d'autre qu'un autre Commonwealth. Pour les Français, elle devrait être un acteur de la scène internationale, une Europe politique dans laquelle toutes les décisions, tendanciellement au moins, devraient être prises à la majorité, comme dans toute démocratie.
Unanimité contre majorité, cette question du système de vote marque si bien la différence entre ces deux conceptions de l'Union que David Miliband rejette l'une, d'une phrase définitive, quand Nicolas Sarkozy pourfend l'autre, comme l'ennemi à abattre ». Bernard Guetta, “La Désunion Européenne.”

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