Je n’ai pas aimé que Kouchner soit « chahuté » (pour dire les choses poliment) durant sa visite à Washington par des manifestants anti-guerre parce que je crois que malgré le fait qu’il ait été maladroit avec ses mots et qu’il a une vision de l’utilisation de la force qui me semble problématique, je pense que Kouchner mérite d’être respecté justement parce qu’on ne peut pas lui reprocher d’être un idéologue et d’avoir toujours été du mauvais côté de l’histoire. Je respecte Kouchner et je l’admire même parce que même lorsque je ne suis pas d’accord avec lui, il me fait réfléchir et me fait questionner mes idées reçues même si après avoir réfléchie, je n’arrive toujours pas à être d’accord avec lui. Glucksmann aussi me fait réfléchir et lorsqu’il approuve Kouchner et écrit ceci dans le Figaro je réfléchis, je partage certaines parties de son analyse mais je ne suis pas d’accord avec ses conclusions :
La « fermeté », nouvelle, de la France commence par une réforme du vocabulaire, elle rejette les euphémismes et les tabous linguistiques : si risque de guerre il y a, il ne faut pas le scotomiser, mais au contraire le nommer, en parler distinctement afin justement de tout faire pour stopper l'escalade, avant « l'alternative catastrophique ». (..)
Il est temps de peser franchement les risques. Y a-t-il péril en la demeure ? Tous les experts s'accordent sur la capacité technique de l'industrie iranienne : deux ou quatre ans suffisent pour atteindre le point de non-retour. Donc le temps presse. Mais la perspective d'un Iran nucléaire suffit-elle pour que de toute urgence les démocraties se mobilisent et interdisent, bon gré, mal gré, le franchissement du seuil ultime ? Ou bien faut-il considérer avec Jacques Chirac (janvier 2007) qu'une puissance militaire nucléaire de plus ou de moins ne mérite pas qu'on se mette martel en tête ? (…)
Le pot au noir irakien n'aura-t-il rien appris à personne ? On croit savoir ce qu'on dit en parlant de « guérilla, » « vietnamisation », etc. On se trompe. La guérilla espagnole contre Napoléon, les résistances antihitlériennes, les insurrections anticoloniales visaient en premier une armée étrangère, en deuxième lieu les « collaborateurs » et, à l'occasion, la population afin de la mobiliser par l'intimidation. (…)
Le sacrifice des siens et de soi, l'autodestruction systématique d'un peuple jusqu'à épuisement des fureurs obsidionales n'est nullement une pathologie inédite. Les cruautés collectives qui horrifièrent Montaigne, le sang, la dévastation et la mort que peignit Grimmelshausen rappellent que ces pestes sont européennes. Mais aucun des furieux ne disposait encore de nos joujoux atomiques.

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