« Il reste l’antiaméricanisme, cette industrie intellectuelle qui produit des livres, des chroniques et de l’indignation depuis deux siècles. Cette production n’a qu’un rapport lointain avec les Etats-Unis réels ; sans doute, certaines circonstances créent-elles des poussées de fièvre mais l’antiaméricanisme n’est pas généré par la fièvre. Il est moins une lecture critique des Etats-Unis qu’un discours sur la France : l’antiaméricanisme qui ne souffre pas le capitalisme ou la culture démocratique ne s’en prend jamais aux Etats-Unis que comme détour vers la France : pas de ça chez nous.
À un ambassadeur américain à Paris qui me demandait quoi faire pour réduire les antiaméricains au silence, je répondis qu’il ne pouvait rien faire. L’antiaméricanisme a commencé alors que les Etats-Unis étaient encore une nation insignifiante sans influence mais déjà un projet universel. Si, d’aventure, les Etats-Unis se repliaient sur eux-mêmes, croyez-vous que l’antiaméricanisme se volatiliserait ? Pas un instant. L’antiaméricain n’a pas même besoin de l’existence des Etats-Unis pour s’exalter : son miroir lui suffit ». Guy Sorman, “France USA, Je t’aime, moi non plus.”

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