J’ai pris un peu de temps avec d’écrire sur la visite de Sarko au Sénégal et au Gabon (J’exclue volontairement la Libye) parce que je ne voulais pas suivre la meute et crier soit à la continuité en dénonçant « la Françafrique » ou le néocolonialisme car je crois que les choses sont plus compliquées que cela. Je n’ai pas été choquée par le discours de Sarko sur la colonisation à Dakar parce que je pense que ce discours était nécessaire. L’audience de Sarkozy n’était de toutes les façons pas les Sénégalais mais les Français et le discours est intéressant non pas pour ce qu’il dit mais pour ce qu’il ne dit pas. Morceaux choisis :
Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l'Afrique. Car l'Afrique n'a pas besoin de mes pleurs.
Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour m'apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d'abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?
Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s'efface pas.
Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.
(...) Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est regarder en face les réalités. C'est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le co-développement, c'est-à-dire le développement partagé.
La France veut avec l'Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une politique d'immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l'Europe avec dignité et avec respect.
Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.
Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est préparer l'avènement de l'Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l'Europe et l'Afrique.
Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, vous donner des leçons.
Je ne suis pas venu vous faire la morale.
Mais je suis venu vous dire que la part d'Europe qui est en vous est le fruit d'un grand péché d'orgueil de l'Occident mais que cette part d'Europe en vous n'est pas indigne.
Car elle est l'appel de la liberté, de l'émancipation et de la justice et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Car elle est l'appel à la raison et à la conscience universelles.
Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Sarko met l'emphase sur l'avenir et l'économie car après tout le but de ses deux courts séjours dans ces pays était de montrer qu’il serait peut-être moins sentimental que Chirac mais plus pragmatique en faisant des pays Africains des partenaires économiques. En somme, Sarko promet plus de résultats et moins de blablas, d’accolades, et autres superficialités. C’est aussi pour cela que ces visites sont qualifiées de « visites de travail » par l’Elysée pour bien marquer que le Président allait en Afrique non pas pour se balader mais pour « travailler ». L’accent est donc mis encore une fois sur la valeur travail, sur le réalisme et le pragmatisme car c’est aussi aux Africains que Sarkozy veut vendre son « travailler plus pour gagner plus » car il leur propose moins de bonnes paroles et plus d’actions par que justement la relation France-Afrique devient une relation de travail. La question est de savoir si en faisant cela, il fait perdre à la France le seul vrai avantage qu’elle a en Afrique Francophone c'est-à-dire les liens historiques et sentimentaux qui l’unissent entre elles et ces pays là.
Ce qui a le plus attiré mon attention sur cette visite Africaine a été sa courte durée tet le fait que Sarko lors de son premier voyage sur le continent en temps que Président ne pouvait que se rendre au Sénégal et au Gabon. Ce fait est important pour une raison. Il montre combien la relation France-Afrique est en pleine mutation et que le cercle d’influence de la France se réduit. C’est ce qui explique en grande partie la volonté affichée de Sarko de changer les choses et le risque calculé qu’il prend de « désentimentaliser » la relation. Il sait qu’il ne pourra jamais faire aussi bien que Chirac en se faisant aimer et surtout il sait que parce que les pays Africains sont de plus en plus convoités par la Chine et les Etats-Unis et que leur offrir la même relation qu’avec Chirac ne servirait à rien car une des raisons pour lesquelles la France n’a plus le monopole s’est justement parce qu’elle a offert à ses pays trop de déclarations d’amour mais pas assez de preuves d’amour. Sarkozy fait le calcul qu’en parlant cash aux Africains, il marquera sa différence avec Chirac et les autres et pourra ainsi affirmer qu’il est un homme d'action nouveau qu'on peut ne pas aimer mais à qui on peut faire confiance car ce qu'il dit, il le fait. Sarko se veut le leader d'une France plus réaliste et donc apte à avoir une relation de gagnant- gagnant avec l'Afrique en promettant seulement ce qu’elle peut accomplir et en se présentant comme un homme qui ne croit qu’au résultat. Cette approche va-t-elle réussir ? C’est possible mais sa réussite ne dépend pas de Sarkozy mais de la manière dont la Chine et les Etats-Unis joueront leurs cartes car ces deux pays sont position de force justement à cause du passé, du fait que la France a trop longtemps fait rêver sans jamais que sa relation avec l'Afrique ne soit jamais assez fructueuse pour celle-ci et aujourd’hui les Africains ont envie non plus de rêver mais aussi de gagner plus justement. C’est pour cette raison que Sarkozy essaye de faire la France incarner la nouveauté à travers lui. Cependant, mon petit doigt me dit que Sarkozy apprendra très vite à se Chiraquiser lorsqu’il se rendra compte que la France ne pourra pas toujours offrir plus que les autres, après tout, en relation internationale, on use des sentiments et de la morale surtout lorsqu'on a rien pas d'autres armes.
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