Je ne suis pas choquée par la mise en examen de Villepin mais un peu triste parce que je pense, comme je l’ai dit tant de fois, que Clearstream est avant tout une affaire politique et que la justice ne peut jouer qu’un rôle inefficace et inapproprié car elle devient un instrument pour les politiques en leur permettant de régler des problèmes de rivalité personnelle. Je ne crois pas une seconde que Villepin a essayé de salir Sarkozy en ficelant avec dilettantisme une affaire de corruption qu’elle a fini par lui exploser à la figure. Par contre, je crois qu’il a fait preuve de maladresse et oui de naïveté ou plutôt d’ imprudence en laissant sa désamour pour Sarko lui faire croire que celui-ci était mouillé dans une affaire aussi ridicule. Je me souviens que l’année dernière le Point avait une Une qui comparait Clearstream à Watergate et je m’étais alors dit à cette époque que la presse Française tellement soucieuse de voir le duel Villepin-Sarkozy s’achever tragiquement voulait y voir une preuve que Villepin avait scellé son destin en ne respectant pas suffisamment la politique pour en apprendre les règles. Villepin n’a pas réalisé que s’il y existe deux choses que les journalistes ne pardonnent jamais aux politiques c’est de les infantiliser (je pense à Ségo) et de les instrumentaliser sans réaliser qu’ils sont les membres d’une profession qui s’est autoproclamée quatrième pouvoir dans toutes les démocraties du monde.
J’essaye de dire que Villepin montre bien qu’en France plus qu’ailleurs et que surtout aux Etats-Unis, la politique est un métier et un art qu’il faut apprendre en prenant le temps d’en apprendre les règles non écrites. Villepin a cru qu’il était en Amérique et qu’il pouvait avec son image de grand poète faire rêver les Français en sautant les étapes sans jamais apprendre que le monde politique est sans pitié avec les faibles et avec ceux qu’on considère comme des parvenus ou comme des outsiders arrogants. Villepin a donc été maladroit. il a oublié qu’il n’était plus le conseiller de Chirac et a oublié qu’en politique lorsqu’on veut tuer quelqu’un en plein jour il faut s’assurer que les balles de son fusil ne sont pas blanches et surtout ne pas manipuler des personnes qu’on ne peut contrôler (Gergorin, Rondot, Giesbert).
Il est important de revenir sur le rôle de la justice et sur cette inculpation qui n’est peut-être pas injuste mais inutile, malvenu et surtout potentiellement dangereuse. Je crois qu’il existe des affaires qu’il vaut toujours mieux pour la justice de ne pas essayer de résoudre non pas que tous les personnes impliquées ont les mains propres mais tout simplement parce qu’il existe d’autres éléments à prendre en considération et parce que surtout la justice ne sera jamais vraiment capable de les résoudre. C’est pour cette raison qu’aux Etats-Unis, par exemple, les procureurs ont ce qu’on appelle prosecutorial discretion c'est-à-dire qu’ils ont le droit d’inculper et de juger en prenant en compte non seulement le contexte mais aussi les conséquences et le coût (pas seulement financier) d’un procès. A cela sert-il de juger Villepin ? A rien parce que de toute manière dans cette affaire il a joué le rôle du colporteur de merde qui a cru stupidement qu’il avait trouvé l’arme idéal et fatal pour tuer un rival alors que l’expérience, oui encore elle, lui aurait fait comprendre que tout cela était trop beau pour être vrai et qu’en politique on ne tue pas des adversaires aussi tenaces que Sarkozy d’un coup (Chirac en sait quelque chose). Encore une fois la justice est instrumentalisée dans cette affaire car à mon avis, le seul vrai but de cette inculpation est de faire comprendre aux Chiraquiens et à la droite non Sarkozyste que la France a un nouveau maître qui lui sait tuer ses adversaires politiques.
J’ai toujours dit que je croyais derrière l’affaire Clearstream se cachait non pas un Villepiniste mais quelqu’un qui a réussi à tuer Villepin en se servant de ses défauts principaux son narcissisme et surtout son mépris pour ses adversaires politiques qui l’ont toujours conduit non seulement à les sous-estimer mais à croire qu’ils étaient moins intègres et surtout moins intelligents que lui. Cependant tellement de politiques ont ces défauts et je crois que de toutes les façons, Villepin est mort politiquement et en le poursuivant la justice Française en fait une victime car son seul vrai crime dans cette affaire a été de colporter une affaire tellement mal ficelée que le plus imbécile des politiques n’aurait pas osé s’en servais mais justement Villepin n’est pas un politique. Il aurait dû comme Kissinger se contenter de conseiller Chirac tout en continuant de rêver avec orgueil qu’il aurait fait un grand homme d’état.

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