Dans un édito dans le Figaro sur la nouvelle affaire Rushdie, Ayaan Hirsi Ali écrit ceci :
Un nombre toujours croissant de musulmans de par le monde se sent engagé dans une lutte à mort avec l'Occident sur le champ idéologique, pour le pouvoir, le territoire et l'accès à des ressources limitées. Comme dans toutes les guerres de l'histoire humaine, les symboles y sont d'importance. Mais c'est tout spécialement vrai dans la mentalité islamique, gouvernée par un très rigide code d'honneur - et de déshonneur. Dans ce contexte, les symboles ne constituent pas tant des images qu'une raison de vie ou de mort. Ils incarnent l'honneur (qui doit être défendu au péril de sa vie) et son contraire (qu'il faut éviter à tout prix, quitte à tuer ou à mourir). Qui s'en tient éloigné et considère ces symboles comme autant d'âneries a déjà perdu l'honneur.
Ce code d'honneur affecte toutes les strates de la société musulmane, qu'il s'agisse de la famille, de la tribu ou de l'oumma. Tout musulman enfreignant ce code - et c'est le crime dont Salman Rushdie s'est rendu coupable - doit être mis à mort. Il a jeté l'opprobre sur l'islam, gravement, deux fois déjà. D'abord, il a quitté l'islam. Ensuite, il a insulté son infaillible fondateur. La reine Élisabeth, dans leur esprit, a ajouté l'injure à l'offense en honorant Rushdie. Une gifle lancée à la face d'1,5 milliard de musulmans ! L'islam est une religion tribale combinée à une mouvance politique. Dans cet univers mental, que la profanation d'une de ses icônes sacrées reste sans suites est synonyme de capitulation. Ce n'est pas tant la réalité objective de cette capitulation qui fait problème que sa perception.
Beaucoup d'Occidentaux ne voient en leurs drapeaux que de simples pans de tissu salués durant les événements sportifs et seulement chéris par une poignée de patriotes. Mais aux yeux des masses ardentes, tribales et masculines qui ont fait allégeance à l'islam, ces bannières incarnent l'honneur national. Le drapeau saoudien est à chaque musulman (et pas seulement pour ceux d'Arabie saoudite) ce que le drapeau américain et la croix du Christ représentent pour chaque Américain dévoué à son pays et marqué par sa foi chrétienne. La phrase écrite sur le drapeau vert « Il n'y a de dieu que Dieu, Mahomet est son prophète », gage d'allégeance à l'islam, est en outre soulignée d'un sabre.
Même si je partage presque toujours les colères de Ayaan Hirsi Ali, même si je pense que ses adversaires et ses ennemies n’ont aucune excuse lorsqu’il excuse la violence des actes et des mots contre elle, sa manière de présenter les choses et de décrire le ce monde noir qu’elle divise entre Occident et l’autre me gène énormément. Elle me met mal à l’aise parce qu’elle prend la forme inflexible du radicalisme qui souhaite une confrontation considérée comme non seulement comme salutaire mais aussi comme nécessaire parce qu’elle permettra de rendre minoritaires les fous de Dieu. Hors justement, je continue de penser que le fanatisme religieux ne se combat ni en baissant la tête et en abandonnant ses idéaux de peur de choquer ou de provoquer ni en choisissant justement de faire des fanatiques les représentants d’une idéologie légitime.
Salman Rushdie mérite l’honneur que lui accorde son pays. Il n’y a pas de mais ou de néanmoins à ajouter à ce fait. Tous ces agitations autour de cet événement ont beau ne pas être négligeables mais elles ne sont pas la preuve que l’Occident se voile la face comme l’affirme Hirsi Ali mais plutôt que l’illustration du fait que l’autre partie du monde a compris que la meilleure manière d’attirer l’attention de l’occident et d’exister est de se radicaliser pour faire de son complexe d’infériorité et de ses différences qui sont trop souvent intolérables des preuves n’ont seulement de sa pureté mais aussi de sa supériorité. En somme, lorsqu’on perd le combat des idées et la lutte contre le sous-développement, il est toujours tentant de les transformer en clash de civilisations dont le but est de vaincre ceux qui ont les mains sales et qui ne sont forts que parce qu’ils sont impurs. Se battre sur ce terrain là est une erreur.

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