J’ai des sentiments ambigus envers BHL qui vont d’une admiration sans passion pour l’intellectuel qu’il est à un certain malaise devant ce que je crois être son complexe de supériorité et cette facilité presque artistique qu’il a pour assigner des rôles de bons et méchants aux uns et aux autres en se donnant toujours le beau rôle. Je ne fais partie de ceux qui détestent BHL et qui pensent que c’est un hypocrite et un snob. Je ne fais pas non plus partie de ceux qui montrent du doigt sa soi-disant fortune comme un mal en sous-entendant qu’elle est une preuve de sa mauvaise foi et du fait qu’il fait non seulement partie de la gauche caviar mais aussi de ces intellectuels qui ne connaissent rien de la vraie vie. Je ne pense qu’il faut venir d’un certain milieu pour être intellectuel et d’ailleurs BHL a prouvé qu’il avait du cran en allant sur le terrain que ce soit en Bosnie en pleine guerre ou au Pakistan pour étudier les zones d’ombres du meurtre de Daniel Pearl. Ce qui me gène chez BHL est parfois la simplicité de ses analyses qui le conduit parfois à faire une psychanalyse de pacotille dont il se sert pour justifier des conclusions douteuses et parfois scandaleuses. C’est ce qu’il a fait dans son bloc note dans le point sur Ségolène Royal en faisant d’elle non pas une politique qui a des défauts et des ambiguïtés mais un personne qui risque de retourner la France vers le Pétainisme. Morceaux choisis :
Je passe sur le personnage de Ségolène Royal elle-même, ce mixte instable de démagogie et de caractère, de narcissisme extrême et de vraie audace politique - je passe sur ce côté Blanche-Neige et Dame Blanche, Jeanne d'Arc pour âge cathodique et Immaculée Conception néosocialiste, je passe sur ce « ralliez-vous à mon tailleur crème ! inscrivez-y vos rêves, doléances et désirs d'avenir ! » que décrit Marc Lambron dans un portrait qui paraît ces jours-ci (« Mignonne, allons voir... », Grasset) et dont je recommande vivement la lecture. (…) Ou bien elle suit, au contraire, l'autre pente - elle sort, en effet, des robespierrismes, marxismes, etc., mais en suivant cette deuxième pente qu'elle appelle la nostalgie de l'« ordre juste » et qui lui a fait commettre, déjà, ses premiers faux pas : les profs, tous cupides et paresseux ; les intellectuels transformés au mieux en « experts », au pire en « personnes-ressources » ; l'affaire des jeunes délinquants encadrés militairement ; celle des élus qu'il conviendra, au nom de la nouvelle « démocratie participative », de faire surveiller de près par des jurys tirés au sort ; sans parler de toutes les questions difficiles, type entrée de la Turquie en Europe, dont elle ne craint pas de nous dire que ce sera à l'Opinion, c'est-à-dire aux Sondages, de décider le moment venu la façon dont on les arbitrera ; Mme Royal croit-elle vraiment cela ? est-elle cette opinionomane résolue ? cette girouette de l'idéologie tournant au gré de l'air du temps ? aurait-elle attendu de savoir ce que disaient les sondages avant de légiférer, comme Simone Veil, sur l'avortement ou, comme Robert Badinter, sur la peine de mort ? pense-t-elle, comme son conseiller Arnaud Montebourg, que nous entrons dans un temps de turbulence où compétence et expérience peuvent devenir, sic, de sérieux handicaps ? si elle le croit, c'est terrible ; si elle ne le croit pas mais croit seulement que c'est ce que ses futurs électeurs entendent et veulent qu'elle croie, c'est presque plus terrible encore ; car il y a dans tout cela un côté « l'oeil du Poitou voit juste et le terrain, lui, ne ment pas » qui, pour le coup, ne rassure guère ; il flotte autour de ce royalisme-là, garanti province contre Paris et 100 % tradition française, un parfum de « travail, famille, matrie » qui n'augure, réellement, rien de bon.
BHL a un côté manichéen qui est presque aussi fort que celui des néoconservateurs dans le sens où il considère que le bien et les bons ont le droit à l’erreur et que les mauvais quoi qu’ils disent quoi qu’ils fassent resteront mauvais. C’est une logique qui a le mérite d’être claire mais qui me parait être dangereuse surtout lorsqu’elle le mène à faire de Ségolène un potentiel monstre ou plutôt un dictateur potentiel. Tous ceux qui lisent ce blog savent que je suis une Ségoliste enflammée mais ma Ségolâtrie ne m’empêche jamais d’admettre qu’il a de bonnes et de légitimes raisons de ne pas être Ségoliste et que je ne vois pas Ségolène comme beaucoup voient le pape, c’est à dire comme quelqu’un qui est le représentant de Dieu sur terre. Cependant je pense être juste lorsque je dis que BHL encore une fois à laisser ses sentiments avoir raison de sa raison et le mener à faire de Ségolène une menace réelle au même titre que Le Pen (c’est ce qu’il sous-entends). Daniel Schneidermann fait une analyse cinglante des accusations de BHL contre Ségolène :
Mais l’accusation de BHL est autrement plus grave. Même s’il ne l’écrit pas ainsi, il est clair que BHL s’apprête à jeter sur la candidate le grand anathème du vichysme.
"La terre ne ment pas", disait Pétain. "Le terrain ne ment pas", fait dire BHL à Ségolène.
CQFD. La cause est donc entendue. C’est dans l’effroyable et grouillant terreau pétainiste, que le ségolisme plonge ses racines.
Comment ? Voici une femme politique qui a osé être élue au suffrage universel députée des Deux Sèvres, et présidente d’un conseil régional et qui, ne se contentant pas de raser les murs poitevins, pousse l’audace jusqu’à tenter de transformer l’essai au niveau national ?
Comment ? Voici une responsable politique qui ose proclamer sa victoire en direct de la salle des fêtes de ce repaire de cagoulards, de croix-de-feu, de miliciens, et de collabos, qu’est la sinistre bourgade de Melle (Deux Sèvres) ?
Comment ? Voici une femme politique qui, non seulement, semble apte à survivre loin du boulevard Saint Germain, mais parait même y prendre plaisir ?
Non, on ne trompera pas l’odorat de BHL, qui a sû renifler le parfum de "pureté dangereuse", "d’idéologie française", et de "travail, famille, matrie" (la formule la plus grandiose inventée depuis longtemps), qui émane de toute la personne de cette scandaleuse mère de quatre enfants.
Non, camarades ! Le fascisme du chabichou ne passera pas !
Parfois BHL donne l’impression que sa conscience et que ses mains sont aussi blanches que ses chemises. C’est bien cela qui m’a toujours empêcher de vraiment me laisser séduire par son personnage parce que je sentais chez lui l’impossibilité de penser autrement qu’en catégorisant et en jugeant les autres. BHL est un moralisateur et ce ne serait pas un tort si son miroir ne lui servait qu’à admirer sa chevelure bien garnie plutôt qu'à examiner sa conscience. Encore une fois, BHL a plus souvent raison que tort mais le problème est qu’il glisse sur ses erreurs comme trop de gens glissent sur son talent en refusant d’admettre qu’il est un des plus grands intellectuels Français. Je ne l’aurais jamais dit il y a quelques années mais je préfère Glucksmann à BHL.
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