« Je n'ai pas lu et ne lirai pas le livre de Jonathan Littell ( les Bienveillantes , Prix Goncourt 2006). Mais j'aimerais réagir à l'article «Un nazi bien trop subtil» de Josselin Bordat et Antoine Vitkine (Rebonds du 9 novembre). Enfant cachée pendant la guerre, parents exterminés, il y a plus d'un demi-siècle que je cherche à comprendre pourquoi tous les verrous (culturels, politiques, moraux, religieux, mentaux, etc.) ont sauté en même temps : ma bibliothèque en témoigne. Je pense seulement que le cycle des «rescapés» s'achève. Bientôt, très bientôt, il n'y aura plus de témoins, partant, plus de témoignages. Le nazisme, l'extermination (je récuse le mot «Shoah» pour bien des raisons) sont sur le point de ne plus appartenir qu'à l'Histoire. Dès lors, que ça plaise ou non, les cinéastes et les romanciers ont le champ libre. C'est ainsi.
D'ailleurs, je n'ai pas vu La vie est belle, tout simplement parce que pour m'être cachée avec mon père, je sais bien qu'il était impossible de raconter des contes de fées dans ces conditions. Mais tout le monde a trouvé ce film formidable. Oui, il n'y a plus de témoins, pratiquement plus. Les «créatifs» prennent le relais, et c'est comme ça ». Deborah Bernard.

Commentaires