Sarkozy pour se défendre contre ceux qui lui reprochaient d’avoir serré la main sale de Bush, qu’il était préférable de serrer celle de Bush que celle de Poutine et il avait raison. Hier au sommet de Lahti (Finlande) en parlant de la Russie, Chirac insistait sur le fait qu’il ne fallait pas mêler morale et économie en déclarant :
De toute façon, il n'est pas question de lier des actions morales à des actions économiques, ce sont deux domaines différents. (…)S'agissant de la plaque de Grand Croix de la Légion d'Honneur (decernée à Poutine), je voulais simplement vous dire qu'il y a une tradition républicaine qui fait qu'on donne la plaque de Grand Croix de la Légion d'Honneur aux chefs d'Etat étrangers et que, par conséquent, il ne faut pas y attacher une importance particulière ou une raison morale.
En disant cela , il essayait justifier le fait que l’Europe capitule (en se divisant) devant Poutine de peur qu’il ne fasse tomber son économie en lui vendant ses ressources d’énergie à un prix plus élevé. Il me semble que la relation que Chirac a avec Poutine et la Russie montre bien que ses différends avec Bush et l’Amérique ne sont pas une question de moralité ou même d’arrogance comme le disait Sarkozy. Chirac a très bien compris que n’étant pas capable d’adapter le gaullisme à notre temps en définissant une politique étrangère Française, a choisi de faire exister la France en l’opposant aux Etats-Unis non seulement pour marquer une différence de style de vie mais aussi pour bâtir la grandeur de la France sur son opposition à l’hyperpuissance Américaine pour répéter le terme utilisé par Hubert Védrine. Chirac est plus à l’aise avec Poutine et ses dérives despotiques parce que la Russie de Poutine et la France de Chirac ont un but commun qui est de faire en sorte que le monde soit plus multipolaire pour que l’Amérique les emmerde moins.
Tout cela, au fond ne serait pas si grave si Poutine n’était pas un personnage douteux et que si le meurtre sauvage d’Anna Politkovskaïa et cette guerre en Tchétchénie sur laquelle l’Europe (et l’Amérique) ferme les yeux n’avaient pas prouvé qu’en s’alliant ou plutôt en creusant un trop grand écart entre la morale et les intérêts économiques, la France entrave son autorité morale. Il est vrai que la morale ne peut être la seule base d’une politique étrangère mais cependant lorsqu’un pays a la prétention d’être le premier contre poids de la seule puissance au monde, il ne peut ignore cette dimension parce qu’alors sa raison de ne pas suivre l’Amérique cesse d’être noble et est réduite à un simple et cynique calcul politique. Lorsque Villepin s’adressait à Colin Powell et à travers lui à l’Amérique en lui expliquant pourquoi la guerre en Irak était une erreur, ses mots n’avaient de force que parce qu’ils avaient une forte connotation morale. En tendant la main à Poutine hier et en se bousculant pour se trouver à ses côtés pour la traditionnelle photo de famille sans jamais oser même lui parler d’Anna Politkovskaïa, Chirac a prouvé qu’il n’aime que les combats faciles et les plus flamboyants parce qu’elle attire les regards et qu’il est facile alors d’avoir le soutien de l’opinion. J’aurais aimé que Chirac se découvre l’esprit rebelle et moralisateur de Zola et qu’il dise non pas à Poutine « J’accuse » mais qu’il y a certaines choses que la France ne peut tolérer même exprimer cette intolérance lui coûtera chère. Car après tout peut-on dire non bruyamment à la guerre en Irak et ne même pas oser dire ne serait ce que timidement niet à la fusillade d’une journaliste en plein Moscou.


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