« Mon premier besoin, c'était de comprendre ma propre histoire. Qu'avaient vécu nos ancêtres, à nous enfants d'immigrés, sous la colonisation ? Quel rôle ont joué nos grands-parents et nos parents dans la guerre et puis la reconstruction de la France ? Je porte ce souci, et ce projet, depuis des années. J'ai beaucoup enquêté et rencontré beaucoup d'anciens combattants. Pas seulement des Nord-Africains, mais aussi des Asiatiques et des Africains... Initialement, j'avais d'ailleurs prévu un soldat noir dans le scénario, mais on débordait les quatre heures. Quoi qu'il en soit, je ne vois pas Indigènes comme un film communautaire pour la communauté maghrébine. Ni moi, ni les comédiens ! C'est un acte général d'affirmation de notre identité française, pour tous les fils de l'immigration ! (…) Quand «on» photographiait les «libérateurs», manifestement on préférait photographier les soldats métropolitains. De même que les promotions privilégiaient toujours d'abord les métropolitains, puis les pieds-noirs, les «indigènes» venant en bout de chaîne. En même temps, je n'ai pas voulu être manichéen : si le colonel s'en va à la fin en ignorant Abdelkader, ça n'est pas délibéré, c'est parce qu'il a déjà oublié, emporté par le mouvement... Mais tout est vrai. Des photographies d'officiers regardant de loin, à la jumelle, l'infanterie indigène se faire massacrer, j'en ai. Les sandalettes dans la neige, aussi : l'armée française dépendait totalement, pour son équipement, de l'armée américaine, alors les chaussures des goumiers marocains... La scène des tomates fraîches réservées à la popote des seuls «Français», c'est également une anecdote vécue.» Rachid Bouchared, réalisateur du film Indigènes.
« L'armée reste l'armée, avec ses codes, ses rites, son machisme, ses humiliations. C'est vrai qu'il était difficile aux Maghrébins et aux Noirs de dépasser le grade de sergent. Mais l'armée est moins bloquée, moins raciste que la société coloniale. On y reconnaît le prix du sang, on y pratique la fraternité des armes. Contrairement à une opinion répandue, on ne propulsait pas systématiquement les indigènes aux avant-postes, on créa même des régiments mixtes. » Benjamin Stora, historien “Les indigènes ont découvert la société française.”
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