Le triste et troublant spectacle de la Rochelle m’a rappelé pourquoi je n’arrive pas à être socialiste, pourquoi je me suis réfugiée au centre, et pourquoi j'admire Simone Veil, Bayrou et Kouchner. Je crois que le Parti Socialiste sans que beaucoup de ses membres ne s’en rendent compte traverse une période clé de son histoire qui définira non seulement son présent mais aussi son avenir. Ce qui m’attriste le plus lorsque j'observe la meute de chiens qui poursuit Ségolène Royal en essayant de la déchiqueter, est que dans celle-ci se trouvent beaucoup de femmes que j’ai trop longtemps admirées et préférées à Ségolène Royal.
Je pense notamment à Elisabeth Guigou qui ne semble pas digérer qu’une femme qu’elle a longtemps devancée et sous-estimée puisse non seulement séduire les Français mais leur donner l’envie de faire d’elle leur présidente. Guigou aujourd’hui nous explique avec une mauvaise foi sidérante que si les Français « aiment » Ségolène c’est qu’ils pensent qu’elle a seulement l’image du changement mais que c’est Jospin qui l'incarne. J’ai honte d’avouer qu’il y a quelques années, je pensais que Guigou était une meilleure politique que Ségo. Heureusement cette fausse impression s’est dissoute grâce à sa défaite à Avignon qu’elle a transformée en humiliation et en châtiment avec ses larmes et à son incapacité de tenir tête ne serait-ce que quelques secondes à Sarkozy lors de la défunte émission d’Olivier Mazerolle 100 minutes pour convaincre (celle du 9 Décembre 2002).
J’ai honte aussi lorsque j’entends Martine Aubry se permettre, pour défendre les 35 heures comme une mère aveugle et obsessionnelle protégerait son unique enfant, de cracher dédaigneusement sur Ségolène Royal en lui faisant une leçon de politique. J’ai honte lorsque je vois Anne Hidalgo et les autres ne pas hésiter à avoir des propos salaces pour faire tomber Ségolène sous prétexte qu’elle n’a aucun mérite.
Il y a quelque temps, Madeleine Albright disait qu’elle ne pensait pas que le monde serait plus juste et mieux gouverné s’il était dirigé par les femmes parce qu’elle se rappelait du lycée en faisant ainsi allusion au plaisir que tant de femmes prennent à faire chuter l’une d’entre elles lorsqu’elle se démarque d’elles et qu’il devient ainsi clair qu’elle peut devenir la fille la plus populaire du lycée. On comprend bien alors pourquoi le féminisme n’est vraiment qu’un instrument pour trop de femmes politiques dont elles se servent pour se créer une place au soleil et non pour donner la possibilité à plus de femmes d’obtenir le pouvoir. Certaines femmes ne sentent vraiment femmes que lorsqu’il s’agit de mordre et de défigurer l’une d’entre elles ou qu’il s’agit de se faire élire et de devenir la seule présente dans un monde d’hommes. Les attaques les plus misogynes, les plus sexistes et les plus cruelles contre Ségolène Royal ont été instiguées non par ses adversaires mais des femmes de gauche. Le fait que celles-ci se donnent la permission d’attaquer salement une des leurs dévoile deux vérités troublantes. La première est que les chiennes du PS reprochent vraiment à Ségolène d’avoir appris de leurs erreurs et d’avoir l’audace de penser qu’elle a les qualités qu’il faut pour gouverner en dépit du fait qu’elle s’est longtemps contentée d’être dans leur ombre et qu’elle a accepté honorablement de leur laisser la plus belle place devant les projecteurs. Aubry, Guigou, Hidalgo et les autres devraient se regarder dans la glace et laisser leur orgueil de côté pour reconnaître que Ségolène Royal sait une chose qu’elles ne savent pas : lorsqu’on peut élever brillamment quatre enfants dans la France d’aujourd’hui, une campagne présidentielle est un pique nique. Ce ne sera donc pas Ségolène que l’on verra, si elle n’est pas choisie par les militants du PS ou par la France, pleurer toutes les larmes de son corps comme si elle avait perdu l'un de ses enfants.
Valérie Pécresse nous montre qu’il est possible de critiquer Ségo en étant vache et injuste sans être acariâtre, jalouse et bêtement sexiste lorsqu’elle argue que Ségolène c’était l’image sans le son. Je lui réponds qu’il faut avoir l’âme d’un poète pour entendre le message de Ségolène et comprendre que parfois lorsqu’une image est trop belle, elle n’a besoin d’avoir de son. Ségolène est un poème inachevé dont les rimes s’écrivent petit à petit sans qu’on ait besoin de brusquer l’artiste qui l’écrit parce que les premières strophes laissent présager que son œuvre sera un chef d’œuvre.
La deuxième vérité est que la gauche qui aime donner de leçons de morale à la droite en parlant du cœur et d’humanité est profondément misogyne. Quoi d’autre expliquerait les dessous crapuleux de la Rochelle et de cette longue pré-campagne ? Quoi d’autre expliquerait la jouissance que prennent trop de socialistes au moindre faux-pas de Ségo en insistant qu’ils sont révélateurs de tous les défauts qu’on prête aux femmes innovatrices et ambitieuses la légèreté, le fait d'être sulfureuse, et surtout le manque de talent ? Ce que j’ai envie de dire aux Socialistes et aux personnes de gauche est que Ségolène n’est pas parfaite et qu' elle commettra des erreurs parce qu’elle est humaine et maternelle. La vraie question est celle de savoir si elle peut être à la hauteur de l’énorme tâche qui est celle non seulement de faire gagner le PS en le renouveler pour qu’il cesse d’être un parti réactionnaire et archaïque mais aussi de changer le monde en modernisant la France. Ségolène sera à la hauteur si les socialistes arrêtent ce jeu enfantin, malsain et destructeur qu’est la chasse au Ségolisme, s’ils cessent de chercher des raisons fictives qui justifieraient leur envie de rester déraisonnables, de ne pas lui faire confiance, et surtout d’épier ses moindres faits et gestes pour trouver la preuve que ce n’est pas un être humain ou une bonne politique mais une sorcière et une femme qui use d’imposture.
L’erreur que font les socialistes est de penser que le Ségolisme peut se confondre avec le socialisme version passéiste et que si Ségo n’est pas choisie ses partisans suivront ceux qu’ils auront désignés. Il n’en sera rien. La devise du Ségolisme naissant est SOR, c'est-à-dire Ségo ou Rien. Pourquoi ? Parce que comme pour tout mouvement jeune et futuriste, le Ségolisme est emblématique et se résume pour le moment en une seule personne Ségolène Royale. Les Ségolistes sont comme les fans de Madonna, farouchement loyales et surtout ils aiment leur reine plus qu’elle ne s’aime elle-même car elle est solidaire. Qu’est que cela veut dire ? Cela veut dire que comme les fans de Madonna auraient refusé hier soir à Bercy de voir le concert d’une autre star, les Ségolistes refuseront de suivre le candidat d’un parti qui aura non seulement rejeté leur leader mais qui aussi l’aura salie en lui faisant comprendre qu’elle n’était pas digne de lui. Je dis donc attention à ceux et surtout à celles (car il semblerait que ce sont aux femmes que le PS a confié comme une fois de plus dans l’histoire de poignarder et de défigurer l’une d’elles) qui pensent qu’ils vont pouvoir au bout d’un combat déloyal et meurtrier stopper le cours de l’histoire et enterrer vivant le Ségolisme. Les partisans du tout sauf Ségolène s’ils sont victorieux ne réussiront qu’à égoïstement et temporairement échapper à l’avenir pour se jeter niaisement dans la gueule d’un passé dangereux.
Une gauche qui répudie le Ségolisme se condamne (et surtout mérite) au Sarkozysme.
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