J’ai redécouvert le double sens que pouvait avoir le mot « idolâtrie » en lisant l’article de Stéphane Rossard sur Ségolène Royal dans lequel il dénonce et surtout regrette le fait que Ségo soit poussée au centre de la scène politique par une vague porteuse qui existe parce que la « France est frappée d’un mal qui, d’habitude, sévit uniquement dans des régimes autoritaires : l’idolâtrie (du chef). » C’est Koz qui m’a aidée à comprendre ce qui se cachait vraiment le mot « idolâtrie » lorsqu’il a répondu à mon commentaire et à d’autres sur son billet sur la « crucifixion » de Madonna qu’on était aveuglé par notre idolâtrie pour elle. Lorsqu’on dit que quelqu’un souffre idolâtrie, on pointe non le droit vers cette personne mais plutôt vers son idole. Le vrai problème n’est donc pas les sentiments forts et passionnés que créent en certaines personnes Ségo ou Madonna mais la conviction que Rossard et Koz ont qu’elles ne le méritent. Je paris que Rossard n’aurait pas écrit la même chose sur la Sarkomonia ou n’aurait pas osé dire que de Gaulle ou même Mitterrand ne mérite pas le culte que leur vouent des millions de Français. Je parie que Koz n’oserait pas dire la même chose sur un des artistes ou des personnalités qu’il « idolâtre, » c’est évidement il est possible d’idolâtrer quelqu’un (rien de méchant ne se cache derrière cette boutade). La vraie question n’est donc pas si l’idolâtrie est un mal ou elle rend aveugle mais plutôt si nos idoles nous tirent vers le haut ou vers le bas. Je ne pense pas Rossard dirait que le Gaullisme a fait de la France une nation pitoyale même si on pourrait arguer que beaucoup de soi-disant Gaullistes n’ont pas su la gouverner. C’est pour cette raison que je pense que son plaidoyer contre l'idolâtrie de Ségo est en fait un plaidoyer mal argumenté contre le Ségolisme écrit avec une mauvaise foi évidente. Koz admettra au moins que si Madonna n’était rien d’autre qu’une sangsue qui utilise la provocation pour exister, sa carrière n’aurait pas durer aussi longtemps car comme le dur désir de durer n’est jamais assouvi dans de la superficialité. Le vrai problème du monde politique, culturel ou social n’est pas idolâtrie mais précisément le fait qu’il n’y ait plus d’idoles parce que pour paraphraser Jospin « la technique » et la célébrité sont devenues une fin et non un moyen. Lorsque j’avais 9 ans, écouter « Like a prayer » me permettait de surmonter les angoisses et les difficultés de ma préadolescence. Aujourd’hui, le Ségolisme me permet de rêver d’un autre monde que celui que décrivait hier Donald Rumsfeld, en disant que ceux qui étaient contre la guerre en Irak et contre Bush avaient une attitude Munichoise, est possible. L'idolâtrie a le même effet que la poésie. Elle permet de mettre un peu de couleur dans un monde obscur et de traverser pieds nus un champ de braises comme le font ceux qui ont appris à voir la beauté des flammes sans être aveugler pas elles.


Certains n'ont pas besoin d'idolatrer. J'aurais d'ailleurs tendance à voir ce besoin d'idolatrer comme une marque d'immaturité et de manque (d'assurance, de confiance en soi...). C'est bon chez des adolescents, c'est plus délicat chez des adultes. On peut admirer certaines personnes, leur vouer de l'estime tout en restant lucides sur le fait que ce sont des êtres humains, avec leur coté obscur et leur erreurs.
Concernant Madonna, bien sûr qu'elle a du talent musical (pour la scène, je ne me prononce pas, je n'ai jamais été à un de ses concerts). Mais elle a aussi du talent pour exister "médiatiquement". Elle vit dans un système et joue avec les règles qui veulent que des primes soient accordées à ceux qui font parler d'eux et que le scandale est un excellent moyen de faire parler de soi. C'est d'ailleurs une habituée du "stop and go" (un coup sulfureuse, un coup sage, bref jamais là où on l'attend).
Rédigé par : authueil | mercredi 30 août 2006 à 10H55
Ce que vous dites me rappelle de ce que les Américains qui votaient pour Bush votaient en 2000, ils disaient que Clinton était immature et qu’ils voulaient que l’Amérique soit aux mains de personnes adultes et nous avons vu ce que ces adultes qui pensaient que la maturité voulait dire la fin du rêve ont fait de notre monde. Il ne faut pas confondre le cynisme, le froid réalisme et surtout le refus de croire en des rêves fous et grandioses avec la maturité. Hegel déjà parlait de cela lorsqu’il disait que rien de grand ne se fait sans passion. Lorsque Kennedy parlait aux Américains de marcher sur la lune, il le faisait au nom de son idolâtrie pour son pays et de sa conviction qu’il était possible pour l’homme d’aller plus loin et de toujours faire mieux. Dans Neverland, le superbe film de Marc Foster, John Barrie (l’auteur de Peter Pan) brillamment interprété par Johnny Depp, nous montre quel monde on peut créer avec de l’imagination et surtout de l’immaturité comme vous dites. Idolâtrer, garder son âme d’enfant ne veut pas dire refuser la réalité mais refuser de croire en la fatalité et surtout au déterminisme. Pour espérer, il faut rêver et surtout idolâtrer quelqu’un ou quelque chose. La fin du rêve et de l’idolâtrie est pour moi le début du Bushisme, de cette vision étroite et dangereuse du monde qui consiste à croire que le monde est plein de merde qu’il faut nettoyer avec la feu et surtout que la fin du monde sera le plus beau moment que nous vivrons.
Rédigé par : kiki | mercredi 30 août 2006 à 12H08