Le Guardian a un article sur son site ce matin qui parle de l’affaire Clearstream comme étant « le Watergate Français ». Bien que je trouve cette comparaison abusive, je vais tout de même me prêter à cet exercice intéressant qui est de comparer les deux affaires.
- Je pense que tout le monde a tellement envie que Chirac s’en aille qu’on essaye de faire de l’affaire Clearstream le scandale politique du siècle alors qu’à mon avis, c’est une affaire dont on ne se rappelera même plus dans trois ans. Nixon lui était au début de son deuxième mandat lorsque l’affaire Watergate a commencé mais le public américain était tout autant las de lui et de sa politique. Nixon avait été réélu comme Chirac parce que le candidat adverse, George McGovern était inacceptable (il a été présenté comme un candidat pacifiste, ce qui était inacceptable en pleine guerre froide avec l’Union Soviétique).
- Clearstream est une affaire qui aurait été un Watergate si il y avait eu un doute sur l’authenticité des preuves, de ces faux documents sur lesquels le nom de Sarkozy avait été ajouté et surtout si à un moment, Sarkozy avait été couru le danger d’être mis en examen. Hors, il a tout de suite été clair que les documents étaient des faux ; ce qui veut dire que l’affaire n’a jamais vraiment commencé.
- Watergate est une affaire dans laquelle il y a bien eu un crime que Nixon et sa garde rapprochée ont cherché par tous les moyens à couvrir. Dans l’affaire Clearstream, le crime n’existe pas et la tentative de créer l’illusion qu’il y en avait un était tellement maladroite que plus de monde devrait se poser la question de savoir quelle était l’intention réelle du corbeau.
- Peut-on vraiment reproché à Villepin d’avoir voulu croire en la culpabilité de Sarkozy ? Je ne le pense pas car après ce n’est pas un crime de penser du mal de ses adversaires. Du moment que la seule faute de Villepin, est celle-là, je pense l’affaire Clearstream restera un petit coup de vent alors que Watergate était un véritable cyclone.
- Le Watergate était une affaire dans laquelle le Président des Etats-Unis avait commis un acte illégal en ordonnant le cambriolage du siège du parti républicain. Jusqu’à présent, rien ne prouve que Chirac et Villepin aient essayé de « tuer » Sarkozy en montant une affaire sordide qui ne l’a même pas éclaboussé.
- Comparer Chirac à Nixon est plus intéressant. Tous les deux ont dû attendre avant de devenir président. Les deux hommes ont le même goût du pouvoir et que surtout ils ont la même peur paranoïaque d’être trahi par leurs proches même si il faut l’avouer Chirac est beaucoup plus chaleureux et sympathique que Nixon. Cette peur les renferme sur eux-mêmes et leur fait prendre des décisions dont les dégâts politiques sont parfois spectaculaires et surtout catastrophiques (pour Nixon, la décision de continuer la guerre du Vietnam par exemple et pour Chirac, entre autres, la dissolution de l’assemblée nationale durant son premier mandat).
- On peut aussi dire que Villepin, est le Henri Kissinger de Chirac, son bon et surtout son mauvais génie, celui qui connaît ses qualités et surtout ses défauts et qui les utilisent parfois pour le pousser à faire des choix qu’il ne ferait certainement pas sans lui.
- La raison pour laquelle je continue de penser que Clearstream est une affaire qui fait beaucoup de bruit pour rien est parce que je pense que le coupable soit un personnage insignifiant et peu habile qui voulait toucher Sarkozy ou quelqu’un de plus habile qui voulait tendre un piège à Villepin dans lequel il faut bien l’admettre il est apparemment tombé.
- La leçon du Watergate était que ce n’est jamais l’acte qui fait couler le bateau mais plutôt la tentative de brouiller les pistes et de ne pas laisser de traces. Je crois que celle de l’affaire Clearstream sera de ne pas se mêler des affaires qui peuvent nuire à ses rivaux politiques.


Je tiens à réfuter la comparaison qui est faite entre Nixon et Chirac. La tentative même de comparaison entre les deux hommes me paraît abusive.
Chirac aura incarné jusqu'à l'écoeurement, l'homo politicus dans sa phase pré paléolitique la plus sombre. Très "Algérie française" sous la IVème, Gaulliste "parce qu'il le vallait bien", Pompidolien dés avril 1962, favorable à la monarchie de Juillet (et Garaud)sous Giscard, Thatchero-Reaganien sous Mittérrand, Gaullo-marxiste en 1995, Monneto-Pinaytiste après 1995, enfin plus mitterrandien que le Roi après 2002; il faut se souvenir sans rire que son slogan de 1981 (Chirac Maintenant!)n'était rien d'autre que la copie du "Reagan Now!" de 1980 et confronter l'Appel de Cochin au Traité Constitutionnel pour montrer l'ampleur du grand écart auquel il était confronter en permanence. Il a été incapable de se servir des institutions de la Vème république, il a dissout l'assemblée nationale en 1997 (encore Villepin) au lieu de le faire dans la foullée de son élection, faisant de la cohabitation le mode normal de gourvernement. Chirac n'est rien d'autre que l'equivalent politique de la blague carambar.
Nixon venait d'un millieu plus que modeste (Papa n'était pas directeur de la BNCI) et très religieux. Ce quaker, a vu disparaître ses frères de maladie. Il a pu faire des études supérieures et devenir avocat. Il fait un mariage d'amour avec Patricia Ryan, une orpheline devenu institutrice. Nixon a passé la guerre dans le Pacifique (et pas au Cap d'Amtibes) où il apprit à jouer et à gagner au poker, ses premiers fonds electoraux. Républicain de toujours (les quaker étant anti-esclavagiste il soutinrent toujours le GOP), anti-communiste de mode, il a fait une carrière politique classique dans le prospère après-guerre, il doit se justifier une première fois de l'origine de ses financements dans le fameux discour de Checkers. Devenu vice-président d'Einsenhower (qui lui reprochait de ne servir à rien, un comble!) il a patiemment attendu la présidentiel de 1960, ne manquant pas d'affronter Kroutchev dans une joute oratoire télévisée restée célebre.
Il perd aussi l'élection de gouverneur de Californie en 1962 et fait mine de se retirer de la vie politique. Profitant du désordre et du désaroi crée par les mouvements de 1967 & 1968, il brigue l'investiture républicaine, l'obtient, grâce à ses projets de retour à l'ordre et de paix honnorable au Vietnam il est élu président.
Il désengage progressivement les troupes du Vietnam, il bombarde le cambodge afin de pousser l'adversaire dans ces retranchements, pour aboutir au accord de Paris en 1973. Reprenant l'héritage du New Deal (!) il poursuit la politique social de son prédécesseur, il crée une administration chargé de l'environnement et pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale diminue les dépenses militaires. Son oeuvre majeur aura été de jouer la Chine contre l'URSS et l'URSS contre la Chine. Il sera abattu par la minable affaire du Watergate... Il est drôle de comparer cette dernière à l'Irangate ou même aux casserolles de l'UDR et du RPR...
En un mot comme en cent, il faut comparer les personnages historiques de même poids.
Bien à vous
Alexandre
Rédigé par : Alexandre A | vendredi 07 septembre 2007 à 06H48
Je suis d'accord avec vous. Chirac n'est pas Nixon et le but de ma métaphore était de comparer Kissinger et Villepin car ils sont tous les deux des personnes qui ont cru un moment pouvoir gouverner. Kissinger a fini par comprendre qu'il n'était pas vraiment un politique. Je crois que Villepin pense qu'il peut encore.
Rédigé par : Kiki | samedi 08 septembre 2007 à 04H30