En lisant le bloc note d’Ivan Rioufol dans le Figaro Samedi matin, j’ai eu un grand pincement de cœur. Monsieur Rioufol déplorait le fait que Chirac ait décidé que la France devait avoir une date pour commémorer l’abolition de l’esclave et surtout il parlait d’autoflagellation comme un mal Français. Je n’ai pas été choquée par les propos de Rioufol parce que je suis sûre qu’il pense avoir raison et qu’il pense ainsi défendre la ‘grandeur’ de son pays. La manière dont la date du 10 Mai a été annoncée et le climat actuel peuvent faire penser à un bon nombre de Français comme Monsieur Rioufol qu’ils ont raison et que commémorer l’esclave est une manière de céder devant le communautarisme et de laisser penser à certains qu’ils peuvent tacher l’histoire de la France en forçant son peuple à ne se rappeler que des moments les plus honteux de son histoire. Pour être honnête, je regrette que ce soit Chirac qui a fait cette annonce parce que même s’il reste le président, il y a déjà si longtemps que la place est à ses successeurs potentiels DDV et Sarko. Il est vrai qu’il a reconnu la responsabilité de la France pour la déportation des Juifs Français durant la Shoah mais il était alors en position de force et pouvait non seulement mieux expliquer sa décision aux Français mais aussi la faire accepter et respecter. Ce qui me met à l’aise avec ce que Monsieur Rioufol argue est qu’il choisit d’opposer pour justifier ses propos, le patriotisme au devoir de savoir, et qu’il choisit d’associer le multiculturalisme au communautarisme. Quand Ivan Rioufol écrit :
« Que la nation regarde son histoire en face est la moindre des choses. L'esclavage et le colonialisme doivent être enseignés au même titre que la Saint-Barthélemy, le génocide vendéen, le zèle collaborationniste de Vichy. Cependant, les demandes de repentances ne cherchent plus seulement à consolider des souvenirs. Elles sont utilisées pour s'approprier des plaies et marquer des humiliations. Un refus de l'héritage commun accompagne souvent ces dénigrements. »
Je me dis qu’il est non seulement injuste mais aveugle. Monsieur Rioufol choisit de se concentrer
sur les rares personnes qui veulent utiliser la souffrance comme une arme politique pour justifier des choses qui sont injustifiables. Dieudonné est un exemple de ceux-là et je trouve injuste et surtout malhonnête de continuer de faire de lui le symbole des revendications légitimes des Français de couleur. Dieudonné n’est pas le porte-drapeau des Français de couleur. C’est quelqu’un qui se sert habilement des medias français pour faire parler de lui et surtout pour mettre en avant des croyances qui sont explosives et surtout fausses. Je pense qu’on devrait arrêter de parler de Dieudonné. Ce n’est pas un élu. Il ne représente personne et surtout je pense qu’il ne croit pas ce qu’il dit (cela est plus grave à mon avis) mais qu’il se sert sciemment des préjugés et des peurs de beaucoup de gens pour se créer une audience. C’est pitoyable et surtout condamnable mais les medias français devraient arrêtés de nous parler de lui car il y a si longtemps qu’il n’est plus au centre de l’information ou qu’il ne représente plus rien de juste.
Monsieur Rioufol nous parle de « refus de l’héritage commun » mais il choisit d’oublier justement que les français de couleur disent justement que c’est cet héritage commun qui doit pousser la France à accepter la diversité de son histoire et à la rendre moins ethnocentrique. Ivan Rioufol nous dit que beaucoup de nations africaines et européennes ont eu un rôle plus important dans la traite négrière que la France et que cependant elles n’ont aucune date de commémoration. Moi, j’ai envie de lui dire que c’est justement à la France de montrer le bon exemple (Eh oui, noblesse oblige) et surtout de prouver qu’un pays peut reconnaître ses fautes sans précisément s’autoflageller. La France aime s’opposer aux Etats-Unis en parlant de la grandeur de sa culture et au culte qu’elle fait à la manière de vivre à la Française qui est basée sur la qualité de vie. Si ces choses sont vraiment des valeurs qui ont autant de valeur que les valeurs américaines et qui sont autant exportables alors la France doit accepter que précisément au nom de l’image qu’elle a d’elle-même elle doit accepter de s’autocritiquer et surtout d’évoluer.
L’article de Monsieur Rioufol révèle je pense l’état d’esprit de beaucoup de Français qui pensent que les Français de couleur sont en train de leur voler leur pays, ou plutôt l’image qu’ils ont de la France. Ceux-là refusent de reconnaître la faillibilité de leurs ancêtres et d’enlever à leur pays cette image sans tache, blanche et parfaite dont ils sont sûrement fiers depuis tout petit, depuis le temps où ils répétaient à l’école « nos ancêtres, les gaulois. » Ivan Rioufol et les autres ont besoin de sublimer et de glorifier la France et son histoire pour l’aimer et c’est précisément cela qui les différentie de ceux qui veut la voir se moderniser et dont l’amour pour la France est inconditionnelle parce qu’il accepte les défauts et les erreurs du pays qu’ils aiment.
Je crois que le problème est que de nombreux Français traversent ce que j’appellerai une crise d’adolescence qui est une période où beaucoup d’enfants réalisent que leurs parents ne sont parfaits et qu’ils sont même parfois des êtres qui sont plein de défauts. Quand on réalise cela on a trois choix. Le premier choix est de l’accepter en se disant que personne n’est parfait. Le second est de se révolter et de refuser de voir la réalité en France et de s’insurger contre ceux qui osent dire que nos parents (votre pays) ne sont parfaits. Le troisième choix est de dire que ce manque de perfection nous les rend plus chers parce qu’il rapproche nos parents de nous en les rendant humains et donc accessibles. Dans ce dernier cas, on se dit que ses parents nous ressemblent et que pour cela on les aime encore plus. Ivan Rioufol a du mal à faire ce que font les femmes depuis le début des temps quand elles se rendent compte qu’on leur a menti en leur faisant croire au prince charmant. Elles acceptent les imperfections de leur homme et continuent de croire en l’amour. J’ai envie de dire à Ivan Rioufol et à tous ceux qui comme lui pensent que la France s’autoflagelle en reconnaissant qu’elle a causé des souffrances à une partie de ses enfants, qu’ils ne savent pas vraiment ce que c’est que le patriotisme et l’amour de la France. Je ne suis pas Française et peut-être que cela me disqualifie de participer à cette discussion mais j’insiste le fait que la raison pour laquelle j’aime la France, ce n’est pas pour ce qu’elle a de plus beau mais particulièrement pour ces défauts. Je l’aime pour son arrogance, son complexe de supériorité, et surtout pour son mauvais caractère.

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