Je n’approuve pas la décision du Conseil d’état refusant la nationalité française à une Marocaine parce qu’elle portait une burqa pour deux raisons :
1. C’est une décision réactionnaire qui ne répond à aucune question mais bien au contraire floue encore plus les épineux problèmes de religion, laïcité, nationalité et identité françaises. Je comprends que les politiques se félicitent de cette décision parce que d’une certaine manière le Conseil d’état leur rend service en faisant d’une question politique et sociale un problème légal. Le système juridique n’est pas équipé pour résoudre à cette question (et le fait que le Conseil d’état donne un avis me semble inapproprié parce justement en le faisant il va au delà de ses compétences) qui doit être prise en charge par les politiques et les représentants de la société civile qui malheureusement manquent de courage pour fixer des lignes claires qui les rendront à coups sûrs impopulaires avec une partie de leur électorat. Cette décision complique une situation déjà explosive parce qu’elle ne répond pas à la question suivante : les femmes françaises qui portent des burqa ne sont-elles désormais plus françaises ou la burqa n’est qu’un obstacle à acquérir la nationalité française lorsqu’on vient d’ailleurs ou qu’on n’est pas née française ?
2. Cette décision fait encore une fois de la burqa un instrument qui cache le reste en faisant des femmes non seulement des victimes des religions ou des traditions arbitraires et inflexibles mais qui aussi les emprisonnent dans un monde où elles seront toujours la chose de quelqu’un sans leur donner l’espoir, la possibilité de s’en sortir en disant un jour merdre à tout ce qui les empêche de vivre pour elles-mêmes. Que va devenir cette Marocaine ? Son mari et ses enfants sont français mais pas elle et elle vit désormais dans un pays où elle est considérée comme une marginale. Imaginons un instant qu’elle répondait à tous les autres critères imaginables pour avoir la nationalité française mais que la burqa empêchait juste voir le reste. Cette femme aujourd’hui plus qu’avant est prisonnière des traditions que le Conseil d’état pense être incompatible avec la nationalité française et surtout celui-ci fait d’elle la seule dépositaire, la seule responsable de traditions qui apriori qui l’isolent du monde. C’est inquiétant et dangereux parce que le pire devient plus que jamais possible. Désormais les maris, les familles de femmes qui portent une burqa sauront qu’elles sont plus que jamais à leur merci car ils pourront eux avoir facilement leur nationalité tout en étant les seuls maîtres de leurs destins. Ils pourront leur faire un chantage insupportable en leur affirmant qu’elles doivent rester étrangères même si elles ont une identité française pour rester de pures et ne pas trahir des principes nobles et absolus. Ils pourront aussi leur faire payer au prix fort le droit d’enlever leur burqa temporairement pour obtenir la nationalité française.
En somme, je pense que cette décision est imbécile parce qu’elle est emplie de bons sentiments et qu’elle essaye de légiférer sur une question sociale et politique où le droit, la loi ne peuvent pas apporter de bonnes réponses. C’est un mauvais exemple qui vient des Etats-Unis. Ce qui m’irrite au plus haut point est surtout que l’hypocrisie de la décision qui fait croire à la fois qu’une burqa n’a rien de religieux et que donc par conséquent toute femme qui la porte affirme qu’elle n’adhère pas aux « valeurs essentielles de la communauté française. » Si tel est le cas, il serait logique d’interdire non seulement le port de la burqa en France mais aussi bien toute pratique religieuse qui la justifie ou l’impose à ses adeptes. Plus, il faudrait aussi expulser les femmes en burqa et ceux qui font de la burqa un symbole religieux pour éviter le communautarisme et l'intégrisme. Voilà des décisions qui seraient courageuses et qui démontreraient la volonté du Conseil d’état d’être logique jusqu’au bout sans faire de la politique populiste et politicienne. Je trouve qu’il est trop facile de s’en prendre aux femmes, à leurs burqa, au voile lorsqu’on n’a pas le courage de s’attaquer aux autres, à ceux qui instrumentalisent le corps féminin et la religion pour diviniser leur masculinité et leur frigidité. Les femmes qui portent des burqa sont des victimes faciles. Elles n’ont pas de corps, pas de faces; elles sont le bouc émissaire idéal puisqu’elles sont inaudibles et que par conséquent elles n’existent pas.
Maître Eolas a une excellent note sur cette affaire mais je ne partage évidement pas sa conclusion.
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